L’été 1993. Jurassic Park de Spielberg déferle sur les cinémas du monde entier et fracasse des records au box-office. Dans son sillage débarque l’inévitable vague de produits dérivés, des figurines Kenner aux tee-shirts, en passant bien sûr par les adaptations vidéoludiques sur toutes les plateformes du moment. La Game Gear de Sega a le droit à sa propre version, développée en interne par Sega eux-mêmes. Et contre toute attente, le résultat ne ressemble pas à la habituelle licence bâclée en six mois pour profiter du buzz d’un film. Jurassic Park sur Game Gear est une belle surprise, avec de vraies ambitions visuelles et une structure de jeu qui dépasse le simple run and gun. On a soufflé sur la cartouche pour vous.
🎮 Gameplay
Le jeu place le joueur dans la peau d’un ranger chargé de capturer les dinosaures évadés sur Isla Nublar. Cinq zones constituent l’aventure : les quatre premières, le Parc Hadrosaurien, la Zone Triceratops, la Jungle et la Plaine, peuvent être abordées dans l’ordre qu’on veut, et la cinquième, le Visitor Center, se débloque une fois les autres terminées. Chaque zone se divise en deux phases distinctes. La première est une séquence de conduite en scrolling horizontal dans laquelle on tire sur les dinosaures qui se précipitent sur le véhicule depuis les bords de l’écran. La seconde est une phase de plateformes en vue de côté, où on explore à pied, on saute entre les plateformes et on neutralise les créatures à l’aide d’un arsenal varié : fusil tranquillisant, lance-grenades, pistolet et grenades. Les ennemis neutralisés ne meurent pas, ils s’endorment temporairement avant de se réveiller, ce qui force à avancer et à ne pas s’attarder. La structure de jeu est bien pensée et la variété des deux phases par niveau évite la monotonie. Le système d’armes enrichit la stratégie et donne au joueur un sentiment de progression réel au fil des zones. Le reproche principal concerne la difficulté, jugée trop faible par beaucoup : on peut traverser le jeu assez facilement dès la première partie sans trop se faire piéger par les dinosaures. Un défaut qui réduit l’intérêt de revenir y jouer une fois la cartouche terminée.
🎨 Graphismes
C’est probablement le point le plus remarquable de ce jeu sur Game Gear. Sega a fait un travail vraiment soigné sur la direction artistique, avec des sprites nets et bien définis pour une console 8 bits portable de 1993. Les dinosaures sont reconnaissables au premier coup d’oeil, les décors de chaque zone ont une vraie identité visuelle distincte et les couleurs sont riches et contrastées, ce qui était un vrai défi sur le petit écran de la Game Gear avec sa luminosité limitée. L’intro animée montre un hélicoptère qui approche de l’île et la fameuse grille en bois du parc qui s’ouvre lentement, en référence directe au film. C’est peu de chose techniquement mais c’est soigné et ça met bien dans l’ambiance. Les phases de conduite en scrolling horizontal sont fluides, et les phases de platformer 2D sont lisibles malgré la petite taille de l’écran. On note quelques ralentissements quand les dinosaures sont nombreux à l’écran, inhérents aux limites du hardware, mais rien de véritablement gênant. Pour 1993 sur Game Gear, c’est clairement au-dessus de la moyenne de ce que les licences de film produisaient habituellement.
🎵 Son
La bande-son du jeu est un sujet sensible pour les fans du film. La musique iconique de John Williams, avec ses cuivres épiques et ses cordes mémorables, est tout simplement absente de cette version Game Gear. Sega a composé ses propres thèmes pour l’occasion, des mélodies en sons 8 bits qui cherchent à créer une atmosphère d’aventure exotique et d’urgence. Le résultat est correct, vaguement mystérieux et assez bien calibré pour l’ambiance de chaque zone, mais forcément en deçà de la puissance émotionnelle de l’originale Williams. Les effets sonores sont bien travaillés pour le hardware : le grognement des raptors, le vrombissement du moteur pendant les phases de conduite et le son des armes qui s’activent sont des petites réussites sonores pour une Game Gear. La répétition des thèmes musicaux en boucle se fait sentir sur les longues sessions, mais le jeu est si court qu’on n’a pas vraiment le temps d’en souffrir vraiment.
⏱️ Durée de vie
C’est le talon d’Achille du jeu et il faut l’annoncer clairement : Jurassic Park sur Game Gear est très court. Un joueur qui prend ses marques peut boucler les cinq zones en une heure et demie à deux heures sans peine, surtout si la difficulté s’avère trop clémente comme beaucoup l’ont relevé. Le fait de pouvoir aborder les quatre premières zones dans l’ordre qu’on veut offre une légère rejouabilité pour les amateurs qui veulent tenter un parcours différent, mais ça ne change pas fondamentalement la durée de l’expérience. Il n’y a pas de fins alternatives, pas de mode bonus, pas de niveaux de difficulté supplémentaires à débloquer. Pour les amateurs de scores et de speedrun, le jeu garde un intérêt marginal, mais la grande majorité des joueurs le terminera et rangera la cartouche sans vraiment y revenir. C’était malheureusement une norme pour les jeux sous licence de l’époque, pensés pour être vendus dans la foulée d’un film plutôt que pour durer des mois dans la console des enfants.



