Shinji Mikami. Ce nom suffit à faire battre le coeur de n’importe quel amateur de survival horror. Après Resident Evil, le papa de la série récidive en 1999 sur PlayStation avec Dino Crisis, un cousin direct de RE qui remplace zombies et manoirs par des dinosaures et une base de recherche militaire ultrasecrète. L’impact est immédiat et le jeu se vend très bien. Capcom sort alors un portage sur Dreamcast en 2000, avec quelques améliorations graphiques mineures mais sans vraiment exploiter la puissance supérieure de la console de Sega. Le résultat est un jeu encore excellent dans son fond, mais un portage qui fait preuve d’une paresse troublante. On a rouvert la cage pour vous. Alors, prêt à survivre face aux prédateurs du passé ?
🎮 Gameplay
Dino Crisis suit à la lettre la formule Resident Evil que Mikami avait lui-même contribué à définir quelques années plus tôt. On incarne Regina, une agente des forces spéciales envoyée sur une île pour récupérer un scientifique. On explore des couloirs et des salles fermées, on ramasse des objets, on résout des énigmes pour débloquer de nouvelles zones et on gère ses ressources avec soin. La grande différence avec Resident Evil, c’est la nature des ennemis. Les dinosaures ne sont pas des zombies. Ils sont rapides, intelligents, capables de défoncer des portes et de surgir de n’importe où, et ils régénèrent leur santé si on les laisse en vie trop longtemps. Cette mobilité crée une tension permanente qui distingue vraiment le jeu de son inspiration directe. Les tranquillisants permettent d’endormir temporairement les raptors, mais ils finissent par se réveiller et reprendre la chasse. Le portage Dreamcast ajoute le pivotement rapide de Resident Evil Code Veronica et la possibilité de marcher en visant, deux améliorations bienvenues. Il déçoit en revanche sur un point majeur : impossibilité d’utiliser le stick analogique de la manette Dreamcast, uniquement le pad digital. Un choix incompréhensible pour un portage sur une console dont le stick était pourtant le point fort.
🎨 Graphismes
C’est là que le bât blesse le plus pour cette version Dreamcast. En 2000, la console de Sega faisait tourner des jeux comme Shenmue, Soul Calibur ou Crazy Taxi avec une fluidité et un niveau de détail remarquables. Dino Crisis, lui, arrive avec ses graphismes hérités de la PlayStation, légèrement améliorés par un anti-aliasing et un filtrage des textures bienvenus mais franchement insuffisants au regard du hardware disponible. Les décors en images pré-calculées gardent cette qualité photographique qui donnait tant de personnalité à l’original PS1, et les dinosaures modélisés en polygones restent impressionnants dans leurs animations et leur agressivité. Mais les textures warping, ces déformations de polygones caractéristiques de la PS1, subsistent parfois à certains angles. Pour un portage qui n’exploite pas la Dreamcast, c’est un résultat honnête mais décevant pour qui attendait quelque chose de plus ambitieux. Capcom aurait pu faire bien mieux avec ce hardware.
🎵 Son
La bande-son originale de Masami Ueda et Saori Maeda est intégralement présente et intacte dans le portage Dreamcast, ce qui est une excellente nouvelle parce qu’elle constitue l’un des points forts absolus du jeu. Les nappes synthétiques anxiogènes qui accompagnent l’exploration des couloirs déserts, le silence pesant qui s’installe quand on sait qu’un raptor rôde quelque part, les cris stridents des dinosaures qui traversent les murs : tout cela contribue à une atmosphère oppressante et efficace qui n’a pas pris une ride. On pointera cependant la variété musicale limitée, avec certains thèmes qui reviennent en boucle au point de finir par agacer lors des longues sessions d’exploration. Les voix en anglais sont de qualité inégale, entre de bonnes performances et quelques répliques un peu raides qui feront sourire les joueurs d’aujourd’hui. Le VMU de la Dreamcast affiche la barre de vie de Regina sur son petit écran, une idée supplémentaire sympathique propre à cette version.
⏱️ Durée de vie
Dino Crisis est un jeu relativement court par rapport aux standards actuels. Une première partie bien menée se boucle en cinq à sept heures selon le niveau de familiarité avec le genre et les énigmes. Ce n’est pas rien, mais ça semble court face aux dizaines d’heures des jeux contemporains. Le jeu compense en partie avec ses fins multiples : trois conclusions différentes sont accessibles selon les choix effectués à certains moments clés du scénario, et les déverrouiller toutes incite à rejouer au moins deux fois supplémentaires. Un mode Bonus débloque également une tenue alternative pour Regina, et des classements de temps sont disponibles pour les amateurs de speedrun. Dino Crisis était clairement pensé comme une expérience à rejouer plutôt qu’à étirer, dans l’esprit des survival horror de l’époque Capcom. Le portage Dreamcast n’ajoute malheureusement aucun contenu exclusif par rapport à la version PS1, ce qui était la norme pour les portages de l’époque mais reste un regret aujourd’hui.



