Street Fighter II. Deux mots qui suffisent à déclencher une marée de souvenirs chez quiconque a posé les mains sur une borne d’arcade dans les années 90, ou qui a usé les boutons d’une manette Super Nintendo à coups de Hadouken. Capcom a eu la bonne idée de porter cette légende sur Switch sous le nom d’Ultra Street Fighter II : The Final Challengers, promettant la version définitive d’un classique intemporel. La promesse est à moitié tenue. Le coeur du jeu est intact et toujours aussi savoureux. Mais les à-côtés ajoutés pour justifier le prix plein tarif sont, disons-le franchement, bien en deçà des attentes. On a enfilé le gi de Ryu pour y voir plus clair.
🎮 Gameplay
Ce qu’il faut comprendre d’abord, c’est que le coeur du jeu est Street Fighter II Turbo dans sa version la plus équilibrée à ce jour. Tous les combattants historiques sont présents, de Ryu et Ken à Guile, Chun-Li, Blanka, Dhalsim et les autres. Deux nouveaux personnages font leur apparition, Evil Ryu et Violent Ken, qui sont davantage des variantes stylisées que de vraies nouveautés mais qui restent amusants à maîtriser. Le gameplay est précis, nerveux et toujours aussi gratifiant. Les quebradas, les Hadoukens, les combos enchaînés à la limite du pixel : tout ça fonctionne exactement comme dans vos souvenirs, et c’est déjà énorme. Deux modes de contrôle sont proposés : le mode Lite permet de sortir les coups spéciaux d’une simple pression de touche, idéal pour les néophytes, et le mode Pro exige de saisir les inputs à l’ancienne. C’est une bonne idée d’accessibilité. Là où le bât blesse, c’est du côté des Joy-Con. La croix directionnelle fragmentée de la Switch est l’ennemi naturel du jeu de combat, et exécuter un Hadouken fiable avec elle relève parfois du parcours du combattant. Un Pro Controller ou une manette tierce est franchement recommandé pour jouer dans de bonnes conditions. Le mode « Way of the Hado », lui, propose de balancer des boules de feu en vue à la première personne en agitant les Joy-Con. L’idée est rigolote pendant cinq minutes, puis on passe à autre chose.
🎨 Graphismes
Ultra Street Fighter II propose deux modes graphiques et c’est clairement le meilleur argument du portage. On peut jouer avec les sprites originaux en pixel art, fidèles à la version Super Nintendo, et basculer à la volée vers les graphismes HD redessinés, hérités de la version Xbox 360 et PS3 de 2008. Le résultat est franchement plaisant dans les deux cas : les pixels font leur petit effet nostalgique, et la version HD a un rendu coloré et pop assez agréable, même si elle n’est pas de toute fraîche facture. Un éditeur de couleurs permet en plus de personnaliser la palette de chaque combattant avec une liberté totale, ce qui est une touche sympa. Le jeu tourne sans accroc en mode TV comme en mode portable. Quelques ralentissements ponctuels, inhérents à l’engine d’époque, font encore leur apparition sur certains stages très animés, mais rien qui ne perturbe vraiment le déroulement des combats.
🎵 Son
Les thèmes de Street Fighter II font partie du patrimoine culturel du jeu vidéo, et Ultra Street Fighter II le sait. Le jeu propose deux options sonores bien distinctes : la bande originale d’époque, avec ses arrangements SNES immédiatement reconnaissables et chargés d’émotion rétro, et une version remixée aux sonorités plus modernes et musclées. Les deux ont leurs qualités. La version originale gagnera forcément sur le terrain de la nostalgie, quand la version remixée convainc par son dynamisme en combat. Les effets sonores sont dans le même esprit, fidèles à l’original avec cette frappe caractéristique qui claque à chaque coup porté. Ce n’est pas la bande son la plus audacieuse du catalogue Switch, mais c’est un hommage sincère et bien exécuté à un des soundtracks les plus iconiques de l’histoire du jeu de combat.
⏱️ Durée de vie
C’est le point le plus difficile à défendre pour ce portage. En solo, le mode Arcade consiste à enchaîner huit combats contre l’IA avec le personnage de son choix, avec des fins propres à chaque combattant. C’est classique et plaisant, mais ça se boucle en vingt minutes chrono. Le mode Buddy Battle, qui permet de s’allier à un ami ou à l’IA pour affronter Evil Ryu, Violent Ken, M. Bison et Akuma en partageant une seule barre de vie, se finit lui aussi très rapidement et se conclut par un simple écran « Game Over » sans la moindre récompense narrative. La vraie durée de vie du jeu est dans son multijoueur, local ou en ligne. A deux sur le canapé avec un Joy-Con chacun, ou en mode portable déposé sur une table, Ultra Street Fighter II retrouve tout son sens et sa magie d’origine. En ligne, les matchs sont fluides et la communauté, bien que réduite aujourd’hui, reste active. Mais pour un jeu vendu au tarif plein à sa sortie, l’absence de contenu solo digne de ce nom est un vrai reproche.




