Introduction : la console dont personne ne connaît vraiment le fabricant
Il y a des consoles qui portent fièrement le logo d’une marque installée, et puis il y a la R36S, ce petit boîtier vertical apparu fin 2023 sur les sites de vente en ligne, sans campagne marketing, sans conférence de presse, et surtout sans un fabricant unique clairement identifié. Plusieurs usines assemblent la R36S à partir d’un même design de référence, ce qui en fait un cas à part dans le paysage du rétrogaming portable, plus proche du clone générique que de la console de marque comme peuvent l’être une Anbernic ou une Retroid.
Et pourtant, la R36S s’est taillé une réputation bien réelle, portée par un argument imparable : un tarif qui plafonne autour de 40 euros, deux sticks analogiques, un écran IPS correct, et des annonces tapageuses du genre « plus de 15 000 jeux inclus ». De quoi attirer l’œil de n’importe quel curieux qui découvre le rétrogaming portable pour la première fois.
Alors, bonne surprise ou arnaque déguisée en bon plan ? La réponse est nuancée, et c’est justement pour ça qu’on a pris le temps de tout décortiquer, du hardware à la question sensible des jeux préinstallés, en passant par les nombreuses variantes qui se cachent derrière ce même nom.


Présentation détaillée de la console
Premier point important à comprendre avant même de parler hardware : la R36S n’est pas un produit unique fabriqué par une seule entreprise. C’est un design de référence repris par de multiples vendeurs, ce qui explique pourquoi les fiches techniques trouvées ici ou là se contredisent parfois sur des détails comme le poids exact, la capacité de la batterie ou même la quantité de RAM annoncée. Gardez ça en tête tout au long de ce test : ce qu’on décrit correspond à la configuration la plus largement répandue et documentée par la communauté.
Le format reprend le classique boîtier vertical façon Game Boy, avec un écran IPS de 3,5 pouces en 640 x 480, un ratio 4/3 qui tombe pile pour la grande majorité du catalogue rétro. La dalle bénéficie d’un laminage complet, ce qui améliore sensiblement le contraste et les angles de vision par rapport aux écrans bon marché non laminés qu’on trouve parfois sur des consoles équivalentes. Deux sticks analogiques accompagnent la croix directionnelle, un vrai point fort à ce niveau de prix, là où certaines concurrentes plus chères s’en passent encore.
Sous le capot, on retrouve la puce Rockchip RK3326, un quad-core Cortex-A35 cadencé jusqu’à 1,5 GHz, épaulé par un GPU Mali-G31 MP2. C’est un chipset qui date déjà de plusieurs années et qu’on retrouve sur de nombreuses consoles d’entrée de gamme, dont certaines versions plus anciennes d’autres marques. La quantité de RAM fait partie des points qui varient selon les lots et les vendeurs : la configuration la plus documentée et la plus fiable annonce 1 Go de RAM DDR3L, même si certaines fiches produits plus optimistes évoquent 2 Go. Mieux vaut ne pas se fier aveuglément au chiffre affiché sur la boutique où vous achetez.
Le stockage se fait via deux emplacements microSD, une carte pour le système et une pour vos jeux, avec des versions vendues en 64 ou 128 Go. La console n’embarque aucune puce Wi-Fi ni Bluetooth, une limitation confirmée par les sources techniques les plus fiables sur le sujet, malgré ce que certaines fiches produits laissent entendre. Concrètement, pas de mises à jour sans fil, pas de manette Bluetooth, et un transfert de jeux qui passe uniquement par le retrait de la carte microSD ou une connexion filaire à un ordinateur.
La console tourne sous ArkOS, un système Linux open source pensé spécifiquement pour ce type de matériel, avec la possibilité de basculer vers d’autres firmwares communautaires comme Rocknix pour les plus bricoleurs. L’interface reste simple et fonctionnelle, avec la prise en charge d’une vingtaine d’émulateurs différents. La batterie, là encore variable selon les lots, tourne généralement autour de 3200 à 4000 mAh, pour une autonomie annoncée entre 3 et 5 heures selon l’intensité de jeu.


Spécifications techniques
Voici la fiche technique la plus fiable et la plus largement documentée par la communauté pour la R36S dans sa configuration standard.

Performances en émulation
Le RK3326 n’a plus rien d’un foudre de guerre en 2026, mais il reste étonnamment compétent sur son terrain de prédilection : le rétro classique. Voici le détail système par système.

Le message est cohérent avec le positionnement tarifaire de la machine : de la NES à la PS1, la R36S assure sans trembler, et c’est très exactement ce qu’on attend d’elle à ce prix. Sur le N64, comptez sur une réussite partielle, les jeux les plus simples passant bien pendant que les titres 3D ambitieux comme Zelda Ocarina of Time demandent parfois des compromis. Au-delà, Dreamcast, DS et PSP, mieux vaut revoir ses attentes à la baisse ou se tourner vers une machine plus musclée comme une RG35XX Pro ou une R36S Ultra, dont on parle juste après.
Comparatif des versions
Le nom « R36S » recouvre en réalité toute une famille de machines aux performances très différentes, un point qu’il est essentiel de comprendre avant de sortir sa carte bancaire. Voici les principales variantes qu’on retrouve chez les revendeurs.

Pour bien choisir, une règle simple : la R36S standard et sa dalle 4/3 conviennent parfaitement aux puristes qui jouent surtout à des jeux jusqu’à la PS1. La R36S Plus propose un écran carré plus original mais sans gain de puissance, un choix davantage esthétique que fonctionnel. La R36S Ultra, avec son RK3566 plus récent et sa connectivité sans fil enfin présente, comble une bonne partie des lacunes de la version de base sur le N64, la Dreamcast et la DS, moyennant un supplément de prix qui reste malgré tout très raisonnable.
Les accessoires
Vu le tarif d’entrée de la R36S, l’écosystème d’accessoires officiels est quasi inexistant, mais quelques ajouts génériques restent pertinents.

Prix et disponibilité
C’est LE grand argument de vente de la R36S. Selon les vendeurs et les périodes de promotion, la version standard s’affiche généralement entre 25 et 40 euros, la Plus autour de 35 à 45 euros, et l’Ultra entre 55 et 70 euros. Ces tarifs incluent presque toujours une carte microSD préchargée avec plusieurs milliers de jeux.
C’est justement sur ce point qu’on souhaite attirer votre attention. Beaucoup d’annonces mettent en avant des chiffres impressionnants comme « 15 000 » ou « 21 000 jeux inclus ». Dans les faits, il s’agit très largement de ROMs de jeux protégés par le droit d’auteur, préinstallées sans licence par le vendeur. Une pratique qui, en France comme dans la plupart des pays, reste illégale au regard du droit de la propriété intellectuelle, même lorsqu’elle est présentée comme un argument marketing. Nous vous recommandons de privilégier vos propres copies de sauvegarde de jeux que vous possédez légalement, une approche à la fois plus sûre juridiquement et généralement mieux organisée que les cartes préchargées en vrac.
À savoir avant d’acheter : la console elle-même (le hardware) n’a rien d’illégal, c’est un appareil comme un autre. En revanche, la présence de milliers de ROMs préinstallées sans licence sur la carte microSD fournie pose question sur le plan légal. Beaucoup d’acheteurs choisissent d’effacer la carte fournie et de repartir sur une installation propre avec leurs propres jeux.

Conclusion : un bon plan réel, à condition de garder les yeux ouverts
Alors, la R36S mérite-t-elle sa popularité ? Sur le strict plan du rapport performance-prix pour du rétro jusqu’à la PS1, la réponse est clairement oui. Pour une trentaine d’euros, difficile de trouver mieux ailleurs, et les deux sticks analogiques restent une vraie bonne surprise à ce niveau de tarif. C’est une porte d’entrée honnête dans le monde de l’émulation portable pour qui découvre le sujet et ne veut pas investir une somme importante avant d’être sûr que ce loisir lui plaît.
Mais il faut aborder cet achat les yeux grands ouverts. L’absence totale de fabricant unique se traduit par des fiches techniques changeantes et une qualité de fabrication qui peut varier d’un vendeur à l’autre. L’absence de Wi-Fi et de Bluetooth sur le modèle standard limite ses usages au strict minimum. Et surtout, la pratique des cartes préchargées avec des milliers de ROMs non autorisées, très répandue chez les vendeurs de R36S, mérite d’être connue avant l’achat, quelle que soit la décision que vous prendrez ensuite.
Si votre budget le permet, la R36S Ultra corrige une bonne partie des défauts de la version de base et nous semble aujourd’hui le choix le plus sensé de la famille. Pour un budget vraiment serré et un usage strictement rétro jusqu’à la PS1, la version standard reste malgré tout une option honnête, à condition de connaître ses limites.