Il y a des jeux qu’on n’oublie pas. RiME est de ceux-là. Ce jeu d’aventure contemplative du studio espagnol Tequila Works avait déjà ému une bonne partie de la presse sur PC, PlayStation 4 et Xbox One quand il a débarqué en mai 2017. Sa direction artistique lumineuse, son histoire racontée sans un seul mot de dialogue et sa bande-son orchestrale en avaient fait l’un des bijoux indépendants de l’année. La version Nintendo Switch arrive six mois plus tard, confiée au studio Tantalus. Et c’est là que les ennuis commencent. Parce que RiME sur Switch, c’est l’histoire d’un jeu magnifique embarqué sur un bateau qui prend l’eau. On a tout de même plongé.
🎮 Gameplay
On incarne un jeune garçon qui se réveille sur une plage après un naufrage. Pas de texte, pas d’explication, pas de tutoriel intrusif. RiME fait confiance à son joueur et le laisse se repérer seul dans cet environnement inconnu. C’est une île mystérieuse, peuplée de ruines antiques, de mécanismes énigmatiques et d’une silhouette encapuchonnée de rouge qui surgit par intermittence pour rappeler qu’il y a quelque chose à comprendre ici. Le gameplay repose sur trois piliers : l’exploration, la plateforme et les énigmes environnementales. Notre héros peut courir, sauter, grimper, nager et surtout crier, son cri servant de déclencheur pour de nombreux mécanismes sonores répartis dans les niveaux. Les puzzles sont bien conçus, jamais frustrants, et jouent intelligemment avec la lumière, la perspective et le son. La mise en scène de certaines solutions d’énigmes crée de vrais moments de surprise satisfaisante. Le niveau de difficulté reste très accessible. RiME n’est pas un jeu de challenge, c’est un jeu de voyage et d’émotion. On lui pardonne volontiers quelques caméras capricieuses et des sauts parfois imprécis en échange de la sincérité avec laquelle il raconte son histoire.
🎨 Graphismes
Et voilà le coeur du problème pour cette version Switch. Sur PlayStation 4 et PC, RiME était une merveille visuelle. Son style cel-shading baigné de lumière méditerranéenne, ses couleurs chaudes et ses panoramas à couper le souffle en faisaient un des plus beaux jeux indépendants de l’année. Sur Switch, la pilule est beaucoup moins facile à avaler. En mode TV, le jeu oscille autour de 20 images par seconde avec des chutes régulières dans les zones les plus denses. C’est pénible sur la durée, même si le jeu reste jouable et que les phases d’action requièrent peu de précision. En mode portable, c’est franchement décevant. La résolution chute de façon notable et l’image devient floue au point d’en perdre une grande partie du charme visuel. Des patches correctifs ont amélioré la situation depuis le lancement, et l’expérience est devenue plus acceptable, mais le portage reste clairement le moins bon moyen de découvrir le jeu. La direction artistique originale est si forte qu’elle transparaît quand même, mais on ne peut s’empêcher de penser à ce qu’elle aurait pu être avec plus de soin technique.
🎵 Son
Si le portage Switch de RiME a une vertu absolument indiscutable, c’est bien sa bande-son. Composée par David Garcia Diaz, l’OST de RiME est tout simplement l’une des plus belles que le jeu indépendant ait produites ces dernières années. Des orchestrations amples et mélancoliques qui accompagnent chaque zone avec une sensibilité remarquable, des thèmes qui évoluent en même temps que l’histoire et qui portent une charge émotionnelle capable de serrer la gorge bien avant que la narration ne révèle ses véritables intentions. La musique ici n’est pas un habillage. Elle est une narration à part entière. Elle anticipe, elle console, elle déchire. Et puisque RiME ne prononce pas un seul mot en sept heures d’aventure, c’est elle qui porte le poids de l’histoire sur ses épaules. Elle ne vacille jamais. Casque aux oreilles, le jeu prend une dimension émotionnelle supplémentaire qui compense en grande partie les déficiences techniques du portage.
⏱️ Durée de vie
RiME est un jeu court. Comptez entre cinq et huit heures pour voir le générique, selon votre appétit pour l’exploration et la collecte des objets cachés disséminés dans les niveaux. C’est une durée qui a fait couler beaucoup d’encre à sa sortie, notamment au regard du prix demandé, plus élevé sur Switch que sur les autres plateformes. Ce serait cependant réduire l’expérience de ne la mesurer qu’en heures. RiME est court mais dense, rythmé et soigneusement structuré. Ses quatre zones offrent des environnements très différents les uns des autres et la narration gagne en intensité jusqu’à une conclusion qui laisse généralement sans voix. Les collectibles permanents permettent de revenir sur une partie déjà terminée pour compléter son exploration sans avoir à tout recommencer. Une seconde partie avec les yeux ouverts sur ce qu’on n’avait pas compris la première fois est une expérience qui vaut également le détour. Ce n’est pas un jeu pour toujours mais c’est un jeu qu’on n’oublie pas facilement.




