Quand Nintendo annonce un jeu de combat avec des bras en ressort géants, deux réactions s’imposent : soit on ricane en haussant les épaules, soit on se rappelle que c’est Nintendo, et qu’ils ont une fichue tendance à transformer les idées les plus saugrenues en pépites. ARMS, sorti en juin 2017, est exactement de cette trempe : un jeu de combat arcade original jusqu’à la moelle, pensé pour les Joy-Con mais jouable à la manette classique, et capable de réunir toute la famille autour d’une TV. Mais derrière son concept farfelu et son casting haut en couleur, ARMS tient-il vraiment la distance sur le long terme ? On a allongé les bras pour en avoir le cœur net.
🎮 Gameplay
Le coeur du jeu, c’est la collecte. On explore cinq grands mondes en 3D à la recherche de Pagies, les pages arrachées d’un livre magique que le méchant Capital B a eu la mauvaise idée de voler. Pour les récupérer, on résout des défis variés, on court, on saute, on plane, on crache de l’acide sur des ennemis et on use d’une série de transformations qui permettent à nos héros de se muer en hélicoptère, en plante ou en boule de billard. Le répertoire de mouvements s’étoffe au fil des heures, acheté à un serpent peu scrupuleux nommé Trowzer, ce qui donne une vraie sensation de progression. Le gameplay est globalement plaisant, les contrôles répondent bien et l’exploration des mondes recèle de jolies surprises. Là où le bât blesse un peu, c’est dans la générosité mal maîtrisée des niveaux. Les mondes sont grands, parfois trop grands, et cette immensité finit par diluer les défis au lieu de les concentrer. Là où chaque recoin d’un Banjo-Kazooie recelait un secret, certaines zones de Yooka-Laylee donnent l’impression de traverser du vide. Ce n’est pas rédhibitoire, mais c’est un peu dommage pour un jeu qui revendique si ouvertement cet héritage.
🎨 Graphismes
Visuellement, Yooka-Laylee est une vraie bouffée d’air frais et de couleurs saturées. Chaque monde a son identité propre, du casino flamboyant à la toundra enneigée en passant par une forêt tropicale dégoulinante d’humidité. Les personnages sont expressifs, les animations sont soignées et l’ensemble dégage cette ambiance cartoon chaleureuse qu’on associe naturellement aux grandes heures du platformer 3D des années 90. Sur Switch, le jeu tourne très bien en mode TV et en mode portable. Les temps de chargement peuvent être un peu longs entre les mondes, et quelques rares ralentissements font leur apparition dans les zones les plus chargées, mais rien de vraiment gênant. Le petit écran de la Switch convient bien au jeu, même si les grands espaces des mondes perdent un peu de leur générosité visuelle sur un format réduit.
🎵 Son
C’est probablement le point le plus fort du jeu, et il n’y a rien d’étonnant à ça quand on sait que la bande originale est signée Grant Kirkhope et David Wise. Le premier a composé les musiques de Banjo-Kazooie, le second est l’auteur des thèmes légendaires de Donkey Kong Country. Ensemble, ils livrent une OST joyeuse, inventive et immédiatement reconnaissable, avec cette saveur xylophone et cuivres qui sent bon la cartouche N64. Chaque monde a son propre thème mémorable, chaque situation musicale colle parfaitement à l’ambiance. C’est le genre de bande son qu’on siffle en faisant autre chose. Les bruitages sont dans le même esprit, avec des personnages qui s’expriment dans ce langage « wakka-wakka » caractéristique que les fans de Banjo-Kazooie reconnaîtront immédiatement. Seul regret : le jeu n’est pas localisé en français, les textes étant uniquement en anglais.
⏱️ Durée de vie
Pour boucler la campagne principale en récupérant suffisamment de Pagies pour voir le générique, comptez entre 10 et 15 heures selon votre appétit pour l’exploration. Les completionistes qui veulent tout voir, tous les défis, toutes les transformations et tous les secrets cachés dans chaque recoin peuvent facilement ajouter plusieurs heures à ce compteur. Les cinq mondes sont expansibles en dépensant des Pagies supplémentaires, ce qui double leur taille et révèle de nouveaux défis. Un mode coopératif local à deux joueurs est disponible, sympathique pour partager l’aventure en famille ou entre amis. La durée de vie est honnête pour un platformer de ce type, même si elle ne rivalise pas avec les mastodontes du genre. Pour un joueur nostalgique des collectathons N64, c’est tout de même une belle tranche d’aventure colorée.




