Comment tester un jeu qui n’est pas vraiment un jeu ? C’est la question que pose Little Inferno depuis sa sortie originale sur Wii U en 2012. Tomorrow Corporation, le studio derrière World of Goo, a créé quelque chose d’inclassable : un simulateur de cheminée dans lequel on brûle des objets commandés par catalogue, le tout enveloppé dans une atmosphère Tim Burton sauce années 50 et un sous-texte social passionnant sur le consumérisme et l’isolement. Sur Switch depuis mars 2017, avec en prime un mode co-op local et les contrôles tactiles, Little Inferno revient chauffer les doigts des curieux. On a allumé le feu.
🎮 Gameplay
La mécanique est d’une simplicité désarmante. On commande des objets dans sept catalogues thématiques, on les reçoit quelques secondes ou quelques minutes plus tard selon leur prix, et on les brûle dans notre petite cheminée personnelle baptisée « Little Inferno Entertainment Fireplace ». Brûler des objets rapporte des pièces, les pièces servent à commander de nouveaux objets, et ainsi de suite. Le vrai sel du jeu réside dans les 99 combos secrets : des associations précises d’objets à brûler ensemble qui déclenchent des animations spéciales et des récompenses supplémentaires. Trouver ces combinaisons, parfois par logique, parfois par association d’idées, parfois complètement par hasard, constitue la vraie boucle de jeu. Chaque objet a ses propres réactions aux flammes. Un dragon jouet crache du feu, des planètes miniatures créent des zones de gravité, un bus scolaire émet des cris d’enfants particulièrement perturbants. Le plaisir de découverte est réel, surtout dans les premières heures. La version Switch ajoute la possibilité de jouer à deux avec un Joy-Con chacun, chacun pouvant commander et brûler de son côté. C’est nettement plus amusant que de jouer seul pour les sessions en famille. L’écran tactile en mode portable est la façon la plus naturelle et la plus satisfaisante de jouer : on allume des flammes du bout du doigt avec un plaisir coupable immédiat.
🎨 Graphismes
La direction artistique de Little Inferno est immédiatement reconnaissable et franchement réussie. Ce style sombre et enfantin, quelque part entre Tim Burton et les cartoons des années 50, donne au jeu une identité visuelle forte qui colle parfaitement à son propos sur l’enfance, l’isolement et la consommation. Les objets du catalogue sont dessinés avec un soin du détail savoureux, chacun accompagné d’une description humoristique et cynique qui vaut le détour. Les effets de flammes sont visuellement très beaux, avec une qualité de rendu du feu notable pour un titre indépendant. En mode TV en 1080p, le jeu est propre et agréable à regarder. En mode portable à 720p, il est encore plus plaisant, l’écran de la Switch rendant très bien les textures charbonneuses et les lueurs orangées de la cheminée. Quelques chutes de framerate ponctuelles apparaissent quand on brûle de nombreux objets simultanément et que les effets de particules s’accumulent, mais rien de vraiment gênant. Le seul vrai reproche graphique, c’est la monotonie de l’écran unique : on ne verra jamais autre chose que cette cheminée pendant toute l’aventure.
🎵 Son
C’est probablement le point le plus fort de l’expérience avec la direction artistique. La bande-son de Little Inferno est un bijou discret et parfaitement calibré. Les catalogues s’accompagnent de jingles publicitaires joyeux et légèrement inquiétants dans leur excès d’enthousiasme, typiques des réclames américaines des années 50 et 60. La cheminée elle-même crépite avec une qualité de son vraiment soignée, le feu qui prend, les objets qui fondent ou explosent, les braises qui tombent. C’est hypnotique et apaisant de la même façon qu’un vrai feu de cheminée, ce qui n’est pas un mince compliment. Les lettres reçues en cours de partie sont lues avec un timing parfait, leurs mots apparaissant progressivement à l’écran dans un silence qui laisse la place à chaque mot de résonner. L’ensemble crée une atmosphère sonore cohérente et mémorable, bien plus profonde qu’elle n’y paraît au premier abord.
⏱️ Durée de vie
C’est là que le débat s’ouvre, et il faut être honnête. Little Inferno se finit en deux à trois heures pour les joueurs qui cherchent à progresser vers la conclusion. Débloquer tous les combos peut allonger ce compteur de quelques heures supplémentaires pour les plus acharnés, mais ça reste une expérience courte au regard de son prix, qui n’a jamais été particulièrement modeste pour ce que le jeu propose. La rejouabilité est quasi nulle une fois les combos découverts et la conclusion vécue. Il n’y a pas de nouveau game plus difficile, pas de contenu caché qui se dévoilerait à la seconde partie, pas de modes alternatifs. Le mode co-op offre une façon sympathique de revivre l’expérience à deux, mais le contenu reste identique. Little Inferno est une expérience courte, dense et mémorable, à condition d’accepter dès le départ qu’on achète un moment plutôt qu’un jeu au sens traditionnel du terme.



